« Même pas peur d’être éleveur » Montrer les bons comme les mauvais côtés du métier pour motiver à s’installer


09

Oct

2019

Mission accomplie au Sommet de l’élevage pour le film « Même pas peur d’être éleveur », sorti à l’automne 2018 avec, pour objectif, de communiquer sur ce métier de manière positive via des projections-débats dans toute la France. Les spectateurs ont compris qu’il est encore possible d’être éleveur et même d’être un éleveur heureux !

 

 

affiche film meme pas peur d etre eleveur

 

 

Accords de libre-échange avec le Canada et les pays du Mercosurprix du lait et de la viande trop bas pour rémunérer correctement le travail des éleveursdeux années de sécheresse consécutives entraînant un important déficit fourrager et des surcoûts alimentaires, attaques de plus en plus fréquentes contre la profession, notamment des anti-viande… : longue est la liste des difficultés que vit l’élevage français en ce moment.

 

D’ailleurs, des représentants des différents syndicats agricoles − FRSEA/JACoordination rurale et Confédération paysanne d’Auvergne-Rhône-Alpes − ont manifesté jeudi 3 octobre au Sommet de l’élevage, au cœur d’une région particulièrement touchée car très herbagère et tournée vers les productions animales, afin d’alerter les différents acteurs des filières et l’État.

 

Au même moment, dans l’espace conférences, à l’abri de l’agitation des allées du salon, avivée par ces manifestations, était projeté le film Même pas peur d’être éleveur, sorti il y a un an pour communiquer de façon positive sur ce métier si malmené actuellement. Montrer que malgré les problèmes − car ils existent et l’objectif n’est pas de les nier −, il est encore possible d’être éleveur et un éleveur heureux, est bien le but de cette initiative comme le souligne Thierry Hetreau, l’un des réalisateurs aux côtés du BTPL et du Cniel, aussi vétérinaire et formateur au centre d’élevage de Poisy en Haute-Savoie.

 

« COMMENT ATTIRER DES JEUNES SI ON NE LEUR MONTRE
QUE LES MAUVAIS CÔTÉS DU MÉTIER ? »

 

« Comment attirer des jeunes vers le métier d’éleveur, si on ne leur montre que les mauvais côtés, les obstacles, l’augmentation des suicides ? », questionne Christine Vazeille, une spectatrice éleveuse laitière près de Brioude, soutenue par Thierry Hetreau et d’autres participants aux échanges, évoquant la succession de longs métrages depuis quelques temps sur l’agriculture ( Ce qui nous liePetit PaysanNormandie nueRoxane et le dernier en date Au nom de la terre), loués à juste titre pour leur réalisme et leur vocation à dénoncer les difficultés du monde agricole. Mais qui occultent presque complètement les avantages de cette profession, comme le fait entre autres de travailler au contact de la nature, d’avoir une certaine liberté de décision et d’organisation, ainsi que les évolutions qu’elle a su mettre en œuvre et la passion qu’éprouvent de nombreux agriculteurs à l’exercer.

 

Ainsi, Christine Vazeille préconise aux producteurs de reprendre en main la communication sur l’agriculture pour montrer comment ils exercent concrètement leur métier. Elle n’est d’ailleurs jamais la dernière à se porter volontaire pour expliquer ce qu’elle fait sur son exploitation, lors d’événements ou de façon plus informelle. « Les consommateurs sont très demandeurs et veulent comprendre comment sont produits les aliments qu’ils consomment », ajoute-t-elle. « Il ne faut pas oublier que la majorité d’entre eux aiment les agriculteurs, ceux qui font de l’ agribashing ne représente que 2 % de la population », complète le réalisateur.

 

« Il faut cependant diffuser ce film au-delà du monde agricole pour reconnecter le grand public et les agriculteurs. Les consommateurs ont besoin de voir que derrière chaque produit qu’ils mangent, il y a de la passion », renchérit Claire, qui travaille dans une start-up spécialisée dans les circuits courts agricoles. « C’est pour cette raison que nous avons choisi des projections ouvertes à tous dans des cinémas partout en France », précise le réalisateur, insistant sur l’importance d’organiser des débats en complément. Ce sont eux également qui font la richesse du film. Des personnes qui ne se rencontreraient peut-être pas sinon peuvent échanger ensemble. »

 

Montrer qu’il y a de la passion derrière chaque produit que les consommateurs mangent.
Claire, travaillant dans les circuits courts

 

« CELA DONNE ENVIE DE S’INSTALLER ET D’ALLER DE L’AVANT »

On peut produire avec plaisir ! (étudiante BTS Acse)

Même pas peur d’être éleveur a aussi réussi sa mission auprès des jeunes (une soixantaine étaient présents) : donner une belle image de la profession et susciter des vocations.« Je sens beaucoup de motivation chez les éleveurs filmés, ce qui n’est pas le cas dans toutes les professions, souligne une élève en BTS Acse. Cela donne envie de s’installer et d’aller de l’avant. » Avis partagé par sa copine : « Ce film conforte aussi mon choix d’installation car je me rends compte qu’on peut produire avec plaisir. » « Moi, je ne veux pas devenir agricultrice, mais ces images m’encouragent à travailler avec les éleveurs », commente pour sa part une étudiante à VetAgroSup.

 

Une autre vision du métier d’éleveur à travers ce sondage réalisé sur Web-agri :
Devenir éleveur : rêve ou désillusion ?

Le message semble être également très bien passé auprès des enseignants, qui ont un rôle essentiel dans la promotion du métier d’éleveur. Isabelle, professeure de bio dans un lycée de Haute-Loire, par exemple promet de passer le film à ses élèves. « Il va les toucher et les booster encore plus même s’ils sont déjà motivés. »

 

DES ÉLEVEURS HEUREUX, ÇA EXISTE !

 

Les éleveurs qui l’ont vu sont eux aussi sont unanimes. « Des crises agricoles, il y en a eu et il y en aura encore. Aucun producteur n’est à l’abri d’un problème sanitaire sur ses animaux, d’un accident climatique, de difficultés économiques dans une filière, d’un souci de santé. Mais quand on est passionné et qu’on aime son métier, on réussit à trouver des solutions et à rebondir », met en avant Christine Vazeille. Et elle parle en connaissance de cause : elle s’est accrochée à sa passion de l’élevage lorsqu’elle a eu un ennui de santé et cela lui a permis de s’en sortir.

Quand on est passionné, on réussit à rebondir.
Christine Vazeille, éleveuse

Des éleveuses heureuses comme elle, il en existe bien d’autres dans les campagnes, comme en témoigne un technicien de coopérative laitière : « Je rencontre plus de 300 producteurs par an, des gens pour la plupart très motivés et très intéressants que je prends plaisir à côtoyer. Beaucoup vont bien mais n’osent pas forcément le dire de peur que ce soit mal perçu par leurs collègues en situation difficile. »

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